L' »acte 4″ du mouvement des « gilets jaunes » se caractérise par des mesures de sécurité renforcées. Vers 11 heures du matin, 514 personnes avaient été interpellées et 272 placées en garde à vue.

« Ce mouvement a fait naître un monstre de colères anciennes, et personne aujourd’hui en peut le tenir. » Les mots, forts, sont ceux du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, en direct sur Facebook samedi matin pour répondre aux questions de Brut. « Tout laisse à penser que des éléments radicaux, des factieux, vont à nouveau tenter de se mobiliser. » Samedi sonne l’heure de « l’acte 4 » de la mobilisation des « gilets jaunes », alors que Paris se remet à peine des dégradations de la semaine dernière.

Les principales informations à retenir :

  • Les premiers manifestants sont arrivés à Paris dès l’aube et des centaines de personnes défilent sur les Champs-Elysées
  • 8.000 policiers et gendarmes sont mobilisés dans la capitale, contre 5.000 le week-end dernier. Dans un clip, le gouvernement a rappelé que manifester « n’est pas casser »
  • 514 personnes ont été interpellées et 272 placées en garde à vue

Les manifestants bloqués non loin d’Opéra

Le cortège hétéroclite rassemblant « gilets jaunes », militants antiracistes et anticapitalistes ainsi qu’écologistes « tourne en rond », selon un journaliste sur place. Entre les rue Auber et Caumartin, il est régulièrement bloqué par les forces de l’ordre et obligé de revenir sur ses pas.

Edouard Philippe rend hommage aux forces de l’ordre

Vers 11 heures, le Premier ministre a pris la parole pour « faire le point sur le fonctionnement du dispositif exceptionnel » mis en place pour encadrer la manifestation parisienne des « gilets jaunes ». « Je voudrais une fois de plus remercier tous ceux, responsables politiques, syndicaux, associatifs et citoyens, qui ont appelé au calme », a déclaré Edouard Philippe. « Je continuerai à me tenir informé toute la journée et nous veillerons à ce qu’elle se déroule dans les meilleures conditions afin que le dialogue puisse se poursuivre. »

La police fait usage de gaz lacrymogène

C’est peu après 10h20 que les forces de l’ordre ont fait usage, pour la première fois de la journée, de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants sur les Champs-Elysées.

Le cortège de manifestants a pris la direction du Marais. Parallèlement, quelques uns sont descendus sur le périphérique parisien, avant que les forces de l’ordre interviennent.

Des centaines de « gilets jaunes » sur les Champs-Élysées et à Saint-Lazare

Après des débuts plutôt clairsemés, les Champs-Élysées se parent peu à peu de jaune. Environ 1.500 manifestants descendaient l’avenue aux alentours de 10h45, lançant les premiers « Macron démission » ainsi que quelques invectives à l’adresse des forces de l’ordre. Parmi les « gilets jaunes », Nicolas, artisan, espère qu’on en restera aux mots. « Il y aura toujours quelques excités », admet-il au micro d’Europe 1. « Mais j’espère que ça se passera dans le calme. »

Devant la gare Saint-Lazare, une centaine de manifestants se sont également retrouvés. Il s’agit là d’un cortège de convergence des luttes, avec des cheminots, mais aussi des militants antiracistes, contre les violences policières ou encore des lycéens.

272 personnes placées en garde à vue

Quelques heures avant le début de la manifestation, 34 personnes ont été placées en garde à vue, a indiqué samedi matin une source proche du dossier. En milieu de matinée, ce chiffre est monté à 272. Ce sont des gens venus de région, âgés d’une trentaine d’années et sur lesquels ont été retrouvés des masques, des frondes, des marteaux, des pavés mais aussi des couteaux, un bidon d’essence ou encore un harpon. Au total, 514 personnes ont été interpellées. C’est plus que samedi dernier, où le nombre d’interpellations s’élevait à 412 en fin de journée.

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Objets saisis samedi matin lors de la fouille d’un véhicule à un contrôle de péage. Crédit : Préfecture de police.

La sécurité est l’un des grands enjeux de cette journée. Le gouvernement a prévu de déployer un dispositif « exceptionnel » : 89.000 membres des forces de l’ordre dans toute la France, dont 8.000 à Paris, afin de tenter d’éviter les mêmes scènes d’émeutes que le samedi 1er décembre. Aux abords des Champs-Elysées et des autres lieux de manifestation parisiens, les autorités ont procédé à des fouilles systématiques.

Le GIGN et ses antennes régionales ont été mis en alerte renforcée. Dans la capitale, une cellule de crise sera activée, et 2.000 éléments de mobilier urbain ont été démontés, a précisé la maire Anne Hidalgo. La tour Eiffel et le Louvre seront fermés samedi, tout comme les commerces sur les Champs-Élysées, point de crispation principal.

Castaner invite à « se mettre autour de la table et discuter »

Le ministre de l’Intérieur, en première ligne samedi, a répondu aux questions du média Brut en direct sur Facebook. « On sait que les casseurs ne sont forts que parce qu’ils se déguisent en ‘gilets jaunes’. Et il y a aussi des ‘gilets jaunes’ qui se sont radicalisés », a-t-il déclaré après avoir passé en revue les troupes et les moyens de la gendarmerie déployés sur les Champs-Élysées. « Le gouvernement a tendu la main, fait de nombreuses propositions. La taxe sur les produits pétroliers ne s’appliquera pas, maintenant il faut se mettre autour de la table et discuter. »

Les concessions du gouvernement, qui a définitivement abandonné après 24 heures d’extrême confusion toute augmentation de la taxe carbone sur les carburants en 2019, semblent de fait n’avoir eu aucun effet. Si ce n’est d’avoir fragilisé le Premier ministre Édouard Philippe, qui défendait une simple suspension avant d’être brutalement désavoué par l’Élysée.

Christophe Castaner a ensuite précisé que les forces de l’ordre n’avaient « interdit aucune rue ». « Mais une manifestation en France, cela se déclare. Cela ne s’autorise pas mais cela se déclare. Là, les manifestants n’ont rien déclaré. Le droit se limite à leurs seules revendications. »

Les manifestants arrivent au compte-goutte

Vers 6h30, les premiers manifestants commencent à arriver au compte-goutte dans la capitale. La fermeture de beaucoup de lignes de métro, notamment la 1, complique l’acheminement des « gilets jaunes » qui ont tenu à être à Paris ce samedi. Drapeau tricolore sur le dos, Karim, 42 ans, est venu de Normandie. « J’ai vécu pas mal de galère », explique-t-il, « et je m’aperçois que cela fait 40 ans que cela ne bouge pas. Pour moi, c’est important d’être là, il y en a ras-le-bol. » Le quadragénaire espère néanmoins que tout se passera dans le calme. « Je le dis à tous, l’équation est simple : plus vous allez casser, plus le combat sera anéanti. »

Plusieurs dizaines de fourgons blindés sont postés place de la Concorde, au bas des Champs-Élysées, où l’on a aussi vu passer les VBRG, ces véhicules blindés sur roues de la gendarmerie déployés pour la première fois dans la ville lumière.

La liste des événements annulés ou reportés à Paris

De nombreux événements sont reportés ou annulés ce jour-là à Paris. Une douzaine de musées (dont le Louvre, le Musée d’Orsay, le Grand Palais, le Musée de l’Homme ou le Musée d’Art moderne) ont décidé de ne pas ouvrir leurs portes samedi. Les billets déjà achetés resteront valables jusqu’à la fin de chaque exposition, précise la Réunion des monuments nationaux (RMN).